Les loups entre eux, le polar politique musclé de José Giovanni

HISTOIRE DU CINÉMA

Romain Jankowski

1/13/20262 min read

En 1985, José Giovanni (LA SCOUMOUNE) signe un film d’espionnage sec, tendu, sans fioritures. LES LOUPS ENTRE EUX s’avance comme un thriller de commando, mais révèle très vite un regard autrement plus sombre : celui d’un pouvoir qui délègue la violence à des hommes taillés pour l’ombre… avant de les trouver encombrants. Un polar politique musclé, emblématique d’un certain cinéma français des années 80.

Une prise d’otage qui déclenche l’engrenage

Tout part d’un enlèvement. En Italie, un général américain lié aux secrets de l’OTAN disparaît. Les ravisseurs seraient issus des Brigades rouges. Le risque est immédiat : s’il parle, c’est un pan entier de la stratégie militaire occidentale qui vacille. La réponse officielle, elle, reste officieuse. Pas d’armée régulière, pas de drapeau. Il faut une équipe spéciale. Des hommes capables d’agir vite, fort, et loin des regards. Le film adopte alors une mécanique implacable : recrutement, préparation, mission. Mais Giovanni ne s’arrête pas à la réussite de l’opération. Il s’intéresse à l’après. À la facture morale.

Sous son habillage de film d’action, LES LOUPS ENTRE EUX parle avant tout de responsabilité.
L’OTAN n’est jamais filmée comme une entité héroïque, mais comme une machine pragmatique, obsédée par le résultat et allergique aux traces. Les mercenaires deviennent alors des outils : nécessaires, efficaces… puis problématiques.Giovanni pose une question simple et dérangeante : jusqu’où un État peut-il déléguer la violence sans perdre le contrôle — et sans assumer les conséquences ?Le cinéaste filme un monde où l’État veut des résultats mais déteste la saleté sur les mains. Dans ce genre d’histoire, la réussite a un prix, et il arrive que le vrai problème commence après l’opération : quand ceux qui ont servi deviennent gênants, incontrôlables, ou simplement trop au courant.

Une distribution de "gueules"

Ancien condamné devenu écrivain puis cinéaste, José Giovanni n’a jamais cru au manichéisme. Ici, il adapte un roman qu’il cosigne avec Jean Schmidt, et imprime au film sa marque habituelle : un regard désenchanté, presque fataliste, sur les rapports de force. Mais l'ensemble est surtout porté par son casting, taillé pour ce type de récit rugueux.
En tête, Claude Brasseur, meneur charismatique et ambigu. Autour de lui, une galerie de visages immédiatement crédibles : Bernard-Pierre Donnadieu, Jean-Hugues Anglade, Niels Arestrup, Gérard Darmon, Daniel Duval. Des acteurs capables d’incarner des hommes cabossés, dangereux, parfois imprévisibles.

Un succès dans les salles

Sorti en décembre 1985, LES LOUPS ENTRE EUX a attiré plus d'un million de spectateurs. Un score solide. Revoir le film aujourd’hui, c’est retrouver un cinéma français qui ose une intrigue internationale sans renoncer à son ADN : des personnages plus intéressants que les gadgets, et une méfiance instinctive envers la “raison d’État”. Le commando n’est pas filmé comme une équipe héroïque, mais comme une réponse pragmatique à un problème indéfendable — et c’est précisément là que Giovanni place son malaise.