L'Addition, une plongée dans le milieu carcéral signée Denis Amar
ANALYSES
Romain Jankowski
8/25/20253 min read


En 1982, le succès de LA BALANCE (plus de 4 millions d'entrées) a convaincu les producteurs que les français avaient une volonté de se tourner vers des polars ancrés dans le réel. Fini le "polar d'auteur", place à la noirceur sociale et aux films plus urbains. Sorti en 1984, L'ADDITION s'inscrit dans ce mouvement. Réalisé par Denis Amar (dont c'est le deuxième film après le drame ASPHALTE avec Jean-Pierre Marielle), il est porté par un casting solide avec Richard Berry, Victoria Abril, Richard Bohringer ou encore Vincent Lindon. Le long-métrage se distingue aussi par son approche crue et sans fard du système judiciaire et de l’univers carcéral.
Un récit implacable
On suit le parcours de Thierry (Richard Berry), un comédien qui a voulu défendre Patty (Victoria Abril), accusée de vol, et qui va se retrouver en prison par un tribunal incompétent. Le spectateur plonge alors dans l’engrenage judiciaire et pénitentiaire français, découvrant un monde violent, oppressant et profondément inhumain. L’addition à payer pour une erreur, même minime, se révèle bien plus lourde que prévue. Face à lui, il va trouver un gardien sociopathe, incarné par la fougue de Bohringer.
Le cinéaste s’attache à décrire avec minutie la mécanique implacable de la justice et l’absurdité d’un système où l’individu perd peu à peu toute dignité. Le titre, d’ailleurs, résonne comme une métaphore : chacun finit par payer, souvent trop cher, pour ses actes.
Face à face
À travers L'ADDITION, le réalisateur entend pointer du doigt la brutalité du monde carcéral français des années 80. Coups, humiliations, corruption, rapports de force… Le film repose avant tout sur l’affrontement psychologique entre Bruno et Lorca. Gardien singulier, présenté comme le seul à avoir choisi ce métier, Lorca cherche à briser le détenu en l’isolant et en rongeant sa résistance. Il use de sa position pour imposer une présence oppressante – notamment à travers l’œilleton, dont le grincement symbolise la surveillance constante – et monte de petites manipulations, comme une fouille générale dont Bruno est étrangement exempté, jetant la suspicion sur lui.
Pourtant, Bruno ne cède pas. Il encaisse avec une patience presque désarmante, sans véritables signes de fragilité. Quant aux motivations de Lorca, elles demeurent floues : sadisme pur, rancune, solitude maladive ? Son mystère en fait un miroir sombre des détenus qu’il tourmente, condamné lui aussi à une vie sans échappatoire, sinon à l’intérieur même des murs.
Le chaud et le froid
À sa sortie, L'ADDITION reçoit un accueil mitigé. Certains critiques saluent la puissance du propos et l’efficacité dramatique, d’autres reprochent au film une certaine lourdeur et une mise en scène trop didactique. Il est vrai que l'histoire d'amour avec Patty (jouée par Victoria Abril) plombe un peu l'ensemble et qu'il y a quelques problèmes de rythme malgré une durée assez courte (1h25). Selon le scénariste Jean Curtelin (à qui l'on doit notamment DUPONT LAJOIE), le film devait être avant tout une histoire d’amour contrariée, développée au fil des parloirs. Pourtant, cette romance paraît souvent ajoutée sur un récit carcéral où Bruno cristallise des passions extrêmes : l’amour de Patty, la haine du caïd José (Farid Chopel) et l’obsession de Lorca. Le film veut bâtir un triangle dramatique, mais faute de temps, sacrifie la profondeur des personnages secondaires. José, réduit au rôle de brute de prison, ne sert guère qu’à donner un vernis de dangerosité au récit, sans réelle utilité dramatique.
L'ADDITION attirera tout de même 1,212 million de spectateurs dans les salles et conserve toujours un certain intérêt aujourd'hui, nous plongeant dans un milieu carcéral rude et une certaine histoire française vieille désormais de plus de 40 ans.